Le Burn-out est marqué par une forte ambivalence parce qu’il est à la fois un syndrome complexe, parfois difficile à reconnaître avant qu’il atteigne son paroxysme, potentiellement très dangereux pour la santé physique et psychique sans en avoir l’air, et assurément douloureux à vivre, et à la fois une occasion unique de se dépouiller de ses illusions, de ses croyances, l’occasion d’une métamorphose salvatrice, d’une (re)connexion à soi-même et à ses aspirations profondes, d’une remise en question du sens que l’on donne à sa vie.
Points clés à retenir :
- Le burn-out est un état d’épuisement physique, émotionnel et mental lié à un stress chronique au travail ou dans une activité dans laquelle on est fortement impliqué (études, maternité…).
- Il ne s’agit pas d’un simple « ras-le-bol » : c’est un syndrome reconnu qui s’installe progressivement.
- Les 3 signes majeurs sont : épuisement à tous les niveaux, détachement relationnel (perte d’empathie) et dévalorisation de soi.
- Le burn-out évolue par stades, pouvant aller jusqu’à une dépression sévère et nécessiter une prise en charge urgente.
- Il est le signe d’un malaise à la fois personnel et social. Il résulte de la rencontre entre des vulnérabilités individuelles (perfectionnisme, faible estime de soi) et un environnement de travail exigent ou/et plus ou moins dysfonctionnel.
- La prise en charge demande un temps conséquent de repos, un éloignement de la source d’épuisement et un accompagnement pluridisciplinaire.
- Le burn-out peut devenir un moment de remise en question profonde et de réorientation de vie.
QU’EST-CE QUE LE Burn-out ?
Ce terme est tellement galvaudé aujourd’hui qu’il peut être utilisé pour désigner tout ras-le-bol au travail. Reconnu par l’Agence Européenne pour la sécurité et la santé au travail et par l’OMS en mai 2019, reconnu comme maladie professionnelle par la loi Rebsamen de 2015, il correspond pourtant à une expérience bien précise : il désigne un état d’ « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel » (Haute Autorité de Santé). C’est l’épuisement d’une personne en état de stress chronique, qui ne veut pas reconnaître qu’elle est épuisée, qui n’arrive pas à trouver le repos dont elle a pourtant un besoin vital. En anglais, to burn-out signifie se consumer, s’user, s’épuiser, craquer en raison de demandes excessives d’énergie.
Freudenberger, psychiatre américain, a été le premier à le caractériser : « En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. »
S’il s’applique essentiellement au domaine du travail, il peut être également rapporté à d’autres domaines qui demandent un investissement fort, comme la maternité ou la parentalité.
SIGNES ET SYMPTÔMES DU BURN-OUT
Le Burn-out est un « syndrome » d’épuisement, c’est-à-dire un ensemble de symptômes, que l’on peut regrouper en 3 principaux :
- un état d’épuisement à tous les niveaux : physique, intellectuel, émotionnel. C’est un état de fatigue intense, qui se manifeste par des problèmes de mémoire, de langage, une perte d’initiative, de motivation, des difficultés à prendre des décisions, à se concentrer, des douleurs physiques sans diagnostic, une incapacité à contrôler ou exprimer ses émotions ou à les exprimer de façon juste. Concrètement, ce sont des crises de colère soudaines, inhabituelles, disproportionnées, une irritabilité et une impatience chronique qui peut se transformer en un sentiment d’abattement, un retrait, une apathie accompagnés d’un déni de son état, d’une coupure avec ses émotions qui provoque une attitude froide et distante, désajustée face à son environnement,
- une déshumanisation de la relation, c’est-à-dire une perte d’empathie, une usure de la compassion, un détachement et une froideur relationnelle nouvelle. La personne en proie à ce symptôme devient particulièrement exigeante vis-à-vis d’elle et des autres, rigide, distante, expéditive dans ses relations, indifférente à l’autre qu’elle a tendance à considérer comme une source d’ennui,
- une déconsidération de soi au travail (ou à la maison en cas de burn-out maternel), qui se manifeste par une disparition de la satisfaction professionnelle, des doutes sérieux sur la qualité de son travail et sur sa capacité à l’effectuer correctement, le sentiment de ne pas être efficace, la culpabilité de mal faire. Cela provoque la tendance à travailler de plus en plus pour rattraper ce que la personne croit être mal fait, ce qui la rend de fait de moins en moins efficace et génère un cercle vicieux très dangereux.
Ces symptômes évoluent progressivement dans le temps : le Burn-out n’est pas un état dans lequel on « tombe » ou qui nous tombe dessus, c’est un phénomène qui s’installe et s’aggrave peu à peu. Pour donner des points de repère, on peut distinguer 3 stades :
- un 1er où la personne ressent des signes de fatigue de plus en plus forts, sans gravité encore puisque des vacances et un repos suffisant permettent de récupérer des forces,
- un 2ème où des tensions s’ajoutent à l’épuisement qui continue à croître : son niveau d’exigence vis-à-vis d’elle-même et des autres augmente, elle a plus de mal à réguler ses émotions, devient intolérante voire agressive, et allonge sensiblement son temps de travail. Elle dort mal, mange peu ou mal, son système immunitaire devient de plus en plus fragile, des troubles cognitifs apparaissent,
- un 3ème où une prise en charge pluridisciplinaire est urgente et indispensable : elle se sent incompétente, son estime d’elle-même est au plus bas, elle présente des symptômes de dépression, elle est arrêtée sporadiquement pour des problèmes médicaux récurrents et de plus en plus inquiétants, elle peut devenir dépendante aux médicaments stimulants, calmants. Le travail (ou l’activité qui l’épuise) occupe toute sa vie. Si personne ne l’arrête, elle peut avoir des problèmes relationnels importants, perdre son emploi parce que devenue ingérable, et son état de dépression majeure peut aboutir au suicide.
Une des plus importantes spécificités de ce syndrome est que la personne qui le traverse est dans le déni de son état d’épuisement. Ce déni est aisé dans le cas du Burn-out, les symptômes étant souvent peu visibles ou si peu spécifiques qu’ils sont mal diagnostiqués ou non reliés à l’épuisement : il peut par exemple être encore difficile aujourd’hui de différencier une dépression spécifique au burn-out des autres types de dépression.
LES PRINCIPALES CAUSES ET LES PRINCIPAUX FACTEURS DE RISQUE
Le burn-out est le signe d’un malaise à la fois existentiel et social.
Existentiel, parce qu’il touche les personnes qui ont une faible estime et une forte exigence vis-à-vis d’elles-mêmes, qui ont tendance à se fixer des idéaux de performance élevés, une forte contrainte de perfection et dont l’estime de soi est dépendante du regard des autres et de marqueurs externes comme les résultats professionnels. Le travail (ou la fonction maternelle) est souvent pour ces personnes le principal, voire l’unique, centre d’intérêt et critère de valorisation, soit parce qu’elles débutent leur carrière et veulent prouver leur valeur – le burn-out touche beaucoup les jeunes – soit parce que c’est une manière d’éviter de sentir le manque ou le vide vécu dans les autres domaines de leur vie. Elles veulent trouver dans le travail toute la reconnaissance dont ils ont un immense besoin et qu’elles n’ont pas trouvé ailleurs.
Social, parce qu’il est une « pathologie de civilisation » (Pascal Chabot), indissociable de l’évolution de la société, du contexte socio-économique et du monde du travail traversés d’une forte tension entre du « trop » d’un côté : trop d’exigences, trop de compétitivité, trop de vitesse, trop d’énergie consommée, trop de changements rapides, trop de relations par le biais des nouveaux moyens de communication, trop de contraintes simultanées, et de l’autre côté du « manque » : manque de temps, de contacts humains, de reconnaissance, de sens, de limites, de finalité dans le travail et dans la technologie. Le burn-out peut être ainsi vu comme un symptôme du monde actuel, qui épuise les ressources de la planète autant que celles des femmes et hommes au travail.
Il fait partie des « risques psycho-sociaux », des risques liés au travail qui sont à la croisée entre l’individu et son environnement – entreprise, monde du travail, société. A ce titre, le Code du Travail stipule que tout employeur a l’obligation d’en prévenir son apparition.
Ainsi, toute personne mise dans une situation de travail similaire et épuisante ne développera pas un burn-out, et toute personne ayant une faible estime d’elle-même non plus. C’est la rencontre entre l’organisme et l’environnement qui va générer ce syndrome. C’est le croisement entre ces deux niveaux de facteurs qui permet de comprendre et de prendre toute la mesure de la complexité et de la gravité de chaque cas individuel.
PRISE EN CHARGE, TRAITEMENT ET PRÉVENTION
Plus le Burn-out est avancé, plus la reconstruction sera longue. Elle passe, en plus du repos le plus complet possible, et donc de l'éloignement du lieu d’activité, par une prise en charge individualisée et pluridisciplinaire, adaptée à chaque étape.
Car l’accompagnement passe par différents moments :
- celui de la reconnaissance du burn-out, qui prend souvent du temps, suivi de la mise à distance du travail,
- celui de la reconnexion à soi, à ses besoins et ses envies, qui peut être très long aussi, car il passe par un temps de reconstitution de ses ressources physiques et psychiques,
- celui où la personne revisite ses représentations, ses croyances, ses valeurs,
- celui de la reprise progressive d’une activité, soit la même, soit une nouvelle, qui passe donc par une éventuelle formation puis recherche d’emploi ou construction de son activité (si, comme cela arrive fréquemment, la personne quitte le monde salarié),
- et enfin le moment du suivi et du renforcement des nouvelles manières de faire afin de les ancrer dans les meilleures conditions possibles pour éviter toute rechute, très fréquente.
Selon les moments, l’accompagnement a minima par un.e médecin, un.e psychiatre, un.e psychothérapeute ou/et un.e coach sera nécessaire, le plus souvent simultanément et en coordination. Le Burn-out nécessite de faire du « et » entre les professionnels de l’accompagnement, de travailler de manière collaborative pour optimiser le soutien dont a besoin la personne qui se reconstruit.
Et pour prévenir l’apparition du burn-out, savoir être à l’écoute de soi-même, de ses ressentis, de ses besoins et bien se connaître tout en restant dans un contact équilibré avec l’environnement, est essentiel. D’où l’importance d'un travail psychothérapeutique sur soi, que ce soit en prévention ou en réparation.
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CONCLUSION
Le Burn-out est une maladie bien étrange, si peu visible et si bouleversante, un processus évolutif né du contact entre un individu et son environnement, nécessitant un accompagnement pluridisciplinaire et une reconstruction lente, et qui nous pousse à travers ce processus à nous dépouiller de nos fantasmes contemporaines et à relativiser les valeurs dominantes de vitesse, de rentabilité et d’efficacité.
« Celui qui a la capacité d’oser s’arrêter et analyser ce qu’il a vécu et ce qu’il est en train de vivre, acquiert une chance inouïe et inespérée de modifier sa trajectoire de vie avant qu’il ne soit trop tard. » Delbrouck
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- Article créé le 19/05/2026
- Mis à jour le 11/06/2026 à 12h06
À PROPOS DE L'AUTEURE

Marie Fournier
Gestalt-thérapeute, superviseure, formatrice, coach
Gestalt-thérapeute titulaire du CEP, superviseure, coach en entreprise et diplômée des arts et Métiers en formation des adultes, Marie assure des thérapies individuelles auprès d’adultes à Tours et dans ses environs. Animée par l’envie de comprendre et soutenir l’humain dans ses limites et ses forces, son parcours allie philosophie, sociologie et Gestalt-thérapie. Elle s’intéresse au phénomène de l’épuisement et accompagne les personnes traversant un Burn-out. Art et spiritualité sont des repères et des appuis qu’elle a toujours en ligne de mire dans ses différents métiers.
